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Les Durathieurs

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Le public ne s’y trompe pas, lorsqu’on lui donne un spectacle de qualité il répond présent. Au contraire, lors de manifestations où règnent la médiocrité et l’approximation il ne revient plus. Le public mérite le respect, et notre patois également. Et de la qualité il y en avait ce dimanche 7 février 2010 à la salle des fêtes de Saint Césaire pour voir les Durathieurs de Jonzac. Un vrai régal, une salle pleine, et des spectateurs enthousiastes.
La première pièce, en un acte, était de Jacques Jean Godon, « Enteur nous soit dit ». Il y a trois personnages sur scène : Kiotilde, son mari Cyprien, et Louise. Une belle étude de caractères, et  beaucoup d’humour. 

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Les deux autres pièces ont été écrites par le patron de la troupe, René Ribéraud, alias le « Vieux Durathieur ». René nous explique qu’il a toujours sous le coude, lorsqu’il écrit, le « Musset » et les ouvrages de Doussinet. Il recherche les expressions purement saintongeaises, pratiquement intraduisibles en français, et le patois est très pur. René est très exigeant, sur l’écriture, et la façon de parler, et il a raison. Ses pièces sont riches, sans temps mort, avec les rebondissements aux bons endroits, et sans aucune vulgarité, dans la lignée de Goulebenéze.
« O l’êt pâ ési d’ s’acoubié ! » est une pièce en deux actes, où il est question de deux drôles qui s’aiment mais ne peuvent pas se marier, boun’ ghent, parce qu’ils seraient demi-frère et demi-sœur : il faut reconnaître que les parents ne sont pas très clairs dans cette histoire. Heureusement que le curé est arrivé pour arranger les affaires de tout le monde. Voir René habillé en curé est un grand moment. Il est plus vrai que nature. Moi qui suis un mécréant, j’ai failli monter sur la scène pour qu’il me donne sa bénédiction ! Méfie-toi René, compte tenu des manques de vocations dans l’église, si Monseigneur l’évêque vient voir ta pièce il est capable de te recruter ! Tel que je te connais, je suis certain qu’il y aurait beaucoup de monde dans ton église pour entendre tes sermons en patois saintongeais !
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Après l’entracte, et les animations de l’épatant Guytout, la troupe nous a offert sa dernière pièce « Mon n’veur a la pire en torse ». C’est une pièce sur le conflit des générations. Il y a  Piâre et Arnestine, un vieux couple de paysans (René et Marielle), attaché à leur terre, aimant la bonne chère et les produits de leur culture ou de leur élevage, mais refusant le progrès et l’évolution des mœurs. Arrivent chez eux leur fille Piârette, sans son mari (question : pourquoi n’est-il pas là ?), mais affublée de son cousin et de sa cousine, des vrais parisiens qui n’aiment que les produits aseptisés que l’on trouve dans les grandes surfaces.
 cid669411b0b6b44717a5596d61e6df281d.jpgPour leur faire plaisir, Piâre et Arnestine leur ont préparé un vrai repas charentais, avec de la soupe, du vrai jambon coupé au tail, et un poulet de la ferme. J’étais au premier rang, assis à côté de Jean-Claude Lucazeau, et quand Arnestine a soulevé le couvercle de la marmite l’odeur de la soupe est venue nous chatouiller les narines : jhe couminçions à avouèr la piâtrelle. Puis Piâre a coupé du pain dans la soupière, à partir d’une belle miche de six livres, et à servir la soupe suivie de la godaille. Et je suis sûr que dans la bouteille c’était du vrai vin rouge ! Mais aux Parisiens, o zeu fazait zire !
Pour le jambon et le poulet, c’était la même histoire, ce n’était pas assez bon pour eux. «Si i d’vant ajheter in jhau à chaque fouès qu’i jhouant zeu pièce qu’o dissit le Jhean-Kiaude, i z’allant mangher la benasse ! Et thiéllés chétis parisiens qui n’en v’lant pas !».
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Tous les acteurs sont à féliciter. C’est du vrai théâtre, où notre patois est à l’honneur. Voilà ce que demandent les spectateurs, loin de tous ces branle bedoche qui se mangheant la pire pour un fâcheux trait d’union qui se serait égaré entre la Loire et la Garonne.
C’est par la qualité que l’on sauvera notre patois, et de la qualité nous en avons eu en cette journée à Saint Césaire, comme nous en avions eu l’an dernier à Haimps avec la troupe « Au fil du Briou », qui a donné à Goulebenéze un vrai hommage (j’espère qu’ils vont reprendre leur spectacle, thiéllés bitons !).
Pour en revenir aux Durathieurs, si vous n’êtes pas encore allés les voir, je vous donne leur calendrier, mais téléphonez avant, pour être certain d’avoir une place : 05 46 48 12 23.
Quant à nous, nous reviendrons encore plus nombreux l’an prochain. Mon ami Noël Maixent va me rétorquer que la salle des fêtes de Saint Césaire était pleine et qu’il ne sera pas possible d’augmenter le nombre de spectateurs, mais comme Noël est un gars qu’a pas de démain, il trouvera bien le moyen de pousser les murs ! 
A l’année prochaine, et bravo à René et à toute la troupe. 

Pierre Péronneau

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2 commentaires »

  1. Maixent dit :

    D’accord avec toi mon cher Pierre. Ton article et tes impressions sont d’une grande qualité qui rejoint celle de la production des Durathieurs. On s’est régalé. Pour les retardataires, y f’rant ben de se magner avant la fin avril. !!!. Noël

  2. Annie Robert dit :

    J’imagine qu’à vous lire, Pierre, les pomettes de notre Réné se sont empourprées…Si sa modestie a un peu souffert, vous lui avez certainement mis « du bôme o thieur » car le compliment est mérité et apporte un contrepoint aux critiques pas toujours aimables. Vous avez raison de souligner le travail consciencieux de cette petite toupe qui porte le souci de l’authentique, l’amour du notre langue. Non seulemnt ils nous donnent à entendre, mais encore à voir, a sentir,à goûter; ce sont des morceaux de notre enfance enfuie qu’ils font revivre. A la limite, ils ne « jouent » pas, ils « deviennent » leur personnage et c’est cela qui est si bon! Les accompagner depuis quelques années fait mon bonheur.
    Pour eux: MERCI !

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